Denormal Audio, une toute jeune société de New York, vient de sortir Guardrail, un petit logiciel qui prend les accords déjà posés dans votre projet et vous laisse les jouer en direct sur votre clavier, sans aucune fausse note possible. L'idée est simple et franchement maligne : vous gardez vos mains, votre rythme et votre instinct, le logiciel se charge de la théorie. Il est vendu 39 dollars pendant la période de lancement et vous pouvez l'essayer gratuitement pendant sept jours. Je vous explique tout, en partant de zéro.

Un peu de contexte : la piste d'accords, ce brouillon qui ne bouge pas
Quand on débute en MAO (la musique assistée par ordinateur, c'est-à-dire composer et enregistrer avec un ordinateur), on commence presque toujours par poser des accords. On ouvre son logiciel de musique, on choisit un son de piano ou de nappe, puis on dessine ses accords à la souris, un bloc de notes après l'autre. Ça donne une progression qui tient debout mais qui sonne comme un métronome : toutes les notes tombent en même temps, à la même force, sans aucune vie.
Pour transformer ce brouillon en quelque chose qui respire, il existe deux chemins. Soit vous savez jouer du piano et vous rejouez le tout à la main, soit vous passez des heures à déplacer chaque note dans l'éditeur, à ajuster les vélocités (la force avec laquelle chaque note est frappée) et à inventer des petites mélodies entre les accords. Je connais beaucoup de débutants qui bloquent exactement à cet endroit, et c'est précisément là que Guardrail vient se placer.
Ce que fait Guardrail, concrètement
Guardrail est un plugin MIDI. Un plugin, c'est un petit programme que l'on ajoute à l'intérieur de son logiciel de musique pour lui donner une fonction de plus, comme une application que l'on installe sur son téléphone. Celui-ci ne produit aucun son par lui-même : il reçoit d'un côté vos accords déjà écrits, de l'autre ce que vous jouez sur votre clavier, et il mélange les deux en temps réel pour envoyer le résultat vers l'instrument de votre choix.
Le principe est le suivant. Vous lancez la lecture de votre morceau, le plugin lit l'accord en cours et il redistribue les touches blanches de votre clavier pour qu'elles ne jouent que des notes de cet accord. Du coup vous pouvez taper n'importe où sur les blanches, au rythme qui vous passe par la tête, ça tombera toujours juste. Les touches noires ajoutent des notes de passage et des enrichissements (des notes voisines qui donnent de la couleur) en fonction de la tonalité que vous avez choisie, c'est-à-dire la famille de notes dans laquelle vit votre morceau. Quand l'accord change dans la piste, le clavier se réorganise tout seul.
Guardrail en quatre étapes
- 1Posez vos accordsDans votre logiciel, écrivez votre progression d'accords sur une piste MIDI, même en blocs tout simples.
- 2Branchez GuardrailLe plugin reçoit cette piste d'accords et votre clavier en même temps, puis envoie le résultat vers un instrument.
- 3Jouez sans réfléchirTouches blanches pour les notes de l'accord, touches noires pour la couleur, molettes pour gratter ou égrener.
- 4Récupérez la priseChaque performance est enregistrée automatiquement, vous la glissez dans votre arrangement.
Rien ne compose à votre place : le plugin empêche seulement les notes de tomber à côté.
Touches blanches, touches noires et deux molettes
Ce qui m'a vraiment plu à la lecture de la fiche produit, c'est l'usage des deux molettes qui se trouvent à gauche de la plupart des claviers MIDI. En temps normal la molette de pitch (celle qui revient toute seule au centre) fait glisser la hauteur de la note, comme quand un guitariste tire sur sa corde. Ici elle fait gratter l'accord note après note, à la manière d'un médiator qui balaie les cordes d'une guitare. La molette de modulation, celle qui reste en place, déclenche un arpège, autrement dit elle égrène les notes de l'accord une par une au lieu de les plaquer ensemble, comme le ferait une harpe.
Deux modes sont proposés. Le mode Exact respecte l'ordre et l'écartement des notes tels que vous les avez écrits, le mode Compact les resserre et supprime les doublons d'octave pour obtenir quelque chose de plus ramassé sous les doigts. Vous avez aussi un réglage d'octave, un bouton Random qui introduit un peu de hasard pour varier les voicings (la façon dont les notes d'un accord sont empilées) et un curseur de partage qui découpe votre clavier en deux zones, une pour la performance et une pour les accords.

Le détail qui change tout pour un débutant : chaque fois que vous arrêtez la lecture, ce que vous venez de jouer est enregistré automatiquement à l'intérieur du plugin. Vous n'avez pas à armer une piste ni à vous demander si l'enregistrement tournait. Si vous avez trouvé un passage qui vous plaît, vous le faites glisser directement dans votre arrangement et il devient une piste MIDI ordinaire que vous pouvez retoucher à volonté.
Ce que ça change dans votre home studio
Guardrail existe aux formats VST3, AU et AAX. Ces trois noms désignent les prises qui permettent à un plugin de se brancher dans un logiciel : VST3 pour Cubase, FL Studio, Studio One ou Ableton Live, AU pour Logic Pro et GarageBand, AAX pour Pro Tools. Il tourne sur macOS 11 ou plus récent et sur Windows 10 ou plus récent, en natif sur les Mac à puce Apple. Il vous faut par contre un clavier MIDI, même un petit modèle à 25 touches, puisque tout l'intérêt est de jouer avec ses mains.
Côté portefeuille, l'éditeur annonce 39 dollars pendant le lancement et 59 dollars ensuite, uniquement sur sa propre boutique. Une licence s'active sur trois ordinateurs, vous avez sept jours d'essai gratuit avant de sortir la carte et sept jours après l'achat pour demander un remboursement si ça ne vous convient pas. C'est vraiment sympa de la part d'une société fondée cette année, et ça permet de tester sans aucun risque.

Un mot sur les deux personnes derrière le projet, parce que ça compte. Kurt Feldman est producteur et compositeur pour le jeu vidéo à New York, et il dirige le design sonore d'une agence qui a travaillé pour Spotify ou Disney+. Raphael Radna est compositeur et développeur, docteur en composition musicale et formateur certifié sur Max (un environnement qui sert à construire ses propres outils audio). Ils ont d'abord fabriqué Guardrail pour régler leur propre frustration en studio avant de décider de le vendre. Ils insistent sur un point : aucune intelligence artificielle générative dans le logiciel. Rien ne compose à votre place, le plugin se contente de vous empêcher de tomber à côté des notes, d'où son nom (un guardrail, c'est la glissière de sécurité au bord d'une route).
Alors, bonne nouvelle ou pas ?
Guardrail, le pour et le contre
- On improvise enfin sur ses accords sans connaître une seule gamme, et ça sonne juste.
- L'enregistrement automatique évite de perdre la bonne prise.
- Prix doux, essai de sept jours et remboursement possible.
- Aucune IA : ce que vous entendez, c'est vous.
- Brancher un plugin MIDI entre deux pistes n'est pas aussi simple dans tous les logiciels, et la méthode change de l'un à l'autre.
- Première version d'une société toute neuve : aucun recul sur les mises à jour.
- Il faut un clavier MIDI, donc un achat de plus si vous n'en avez pas.
- Le plugin n'aide pas à trouver les accords eux-mêmes, il faut déjà les avoir écrits.
Pour moi c'est une bonne nouvelle, et pas seulement pour les débutants. Depuis vingt-cinq ans que je compose, je vois toujours le même mur se dresser devant ceux qui ont des idées mais pas la technique pianistique pour les sortir. Un outil qui vous laisse jouer avec vos mains, au tempo de votre corps, tout en garantissant que chaque note reste dans l'accord, c'est exactement le coup de pouce dont beaucoup ont besoin pour arrêter de dessiner des blocs à la souris. L'absence totale d'IA me rassure aussi : on reste dans la musique, pas dans la commande passée à un robot.
Ma réserve, c'est la mise en place. Faire passer du MIDI d'une piste vers un plugin puis vers un instrument demande un petit réglage de routage qui diffère selon que vous êtes sur Cubase, Logic ou Ableton, et c'est précisément le genre d'étape qui décourage un débutant. Profitez des sept jours d'essai pour vérifier que ça se branche bien dans votre logiciel avant d'acheter, et si vous bloquez, dites-le-moi en commentaire, ça fera un bon sujet de tuto.
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