Un petit éditeur d'Amsterdam vient de publier la seconde version de son LDC 500, un plugin qui reconstruit une tranche de console Philips utilisée dans les studios néerlandais autour de 1970. Préampli à deux caractères, transformateur de sortie et égaliseur à molettes : tout a été refait à partir des vrais schémas du module d'origine. Le prix de lancement est fixé à 29 euros et vous pouvez l'essayer gratuitement pendant 7 jours sans aucune limitation. Je vous explique ce que c'est et si cela vaut le coup dans un home studio.

Avant de parler de la nouveauté, je prends une minute pour poser le décor. Un plugin est un petit programme qui vient se brancher à l'intérieur de votre logiciel de musique (Cubase, Logic, Ableton Live, Reaper ou n'importe quel autre) pour lui ajouter une fonction qu'il n'a pas, un peu comme une application que vous installez sur votre téléphone. Celui dont je vous parle aujourd'hui imite un appareil de studio qui a réellement existé et c'est précisément ce qui le rend intéressant.
Une console néerlandaise que presque personne ne connaît
Quand on parle de consoles de studio mythiques, les mêmes noms reviennent toujours : Neve, SSL, API. Il y en a pourtant eu beaucoup d'autres et Philips, le géant néerlandais de l'électronique, a fabriqué ses propres consoles d'enregistrement pour les studios de son pays et pour les camions de régie, ces camions remplis de matériel qui se garent devant une salle de concert ou un stade pour capter l'événement. La série LDC date d'environ 1970 et chaque voie s'appuyait sur un module d'entrée portant la référence 0270/10, c'est-à-dire la partie qui reçoit le signal du micro, l'amplifie et le sculpte.
MEY Audio Engineering, c'est en gros une seule personne : Ronald Meij, un ingénieur d'Amsterdam qui a passé 25 ans dans la production de concerts et qui développe les outils qu'il aurait voulu acheter sans jamais les trouver. Son approche m'a tout de suite parlé. Plutôt que d'écouter une console particulière et d'essayer d'en deviner le son, il est reparti du schéma électrique du module d'origine, le plan que les techniciens de l'époque utilisaient pour le réparer, et il a reconstruit chaque étage en logiciel. Du coup le plugin ne copie pas une console précise avec ses défauts d'usure mais la conception telle qu'elle a été dessinée.

Ce qu'il y a dans la boîte
Le signal traverse trois étages. Le premier est le préampli, l'amplificateur qui prend le signal minuscule d'un micro pour l'amener à un niveau exploitable. Dans un plugin il ne sert évidemment pas à amplifier votre interface audio, qui a déjà fait ce travail, mais à reproduire la façon dont ce circuit colore le son quand on le pousse. Un bouton Drive va de -30 à +20 dB pour doser cette coloration, un bouton Output rattrape le niveau derrière et un bouton Mix mélange le son traité avec le son d'origine. La V2 ajoute un second caractère baptisé FB, inspiré du fameux amplificateur API 2520 qui équipe les consoles américaines du même nom, à côté du caractère Classic LDC.
Le deuxième étage est le transformateur de sortie, nommé Fe comme le symbole chimique du fer. Dans une vraie console c'est une bobine de cuivre enroulée autour d'un noyau de fer, et c'est elle qui donne ce grave un peu rond et cette douceur sur les attaques que l'on associe au son vintage. MEY l'a modélisé d'après les caractéristiques des transformateurs Neve et Carnhill et propose deux rapports, 1:1 et 1:3, qui changent la quantité de couleur apportée.
Le troisième étage est l'égaliseur à trois bandes, et c'est lui la star du produit. Sur les consoles Philips on ne tournait pas un bouton de fréquence en continu : on choisissait parmi quelques fréquences fixes avec une molette crantée, un peu comme sur les anciennes radios. Le plugin reprend ces molettes avec quatre fréquences pour le grave (de 57 à 390 Hz), six pour le médium (de 480 Hz à 7,2 kHz) et six pour l'aigu (de 1,4 à 11 kHz), chaque bande montant ou descendant de 15 dB. Un filtre coupe-bas réglable de 20 à 300 Hz élimine le grondement inutile, un réglage SAT ajoute jusqu'à 12 dB de saturation derrière chaque bande et une touche PRE place l'égaliseur avant ou après le préampli.
Le chemin du son dans le LDC 500 V2
- 1Le préampliLe bouton Drive pousse le circuit pour obtenir du grain, en caractère Classic ou FB.
- 2Le transformateur FeLe rapport 1:1 ou 1:3 arrondit le grave et adoucit les attaques, c'est ici que naît la couleur vintage.
- 3L'égaliseur à molettesTrois bandes à fréquences fixes, un coupe-bas et une saturation par bande pour sculpter le timbre.
La touche PRE inverse l'ordre et place l'égaliseur avant le préampli.
Un dernier détail technique mérite une phrase. Chaque étage qui déforme le son travaille avec un suréchantillonnage de 16 fois, ce qui veut dire que le plugin calcule en interne avec une résolution bien plus fine que celle de votre projet pour éviter l'aliasing, ces fausses fréquences aigres qui apparaissent quand on sature un son numérique sans précaution (le même phénomène qui fait tourner les roues à l'envers dans les vieux films). Vous trouvez aussi un VU-mètre à aiguille, 51 presets d'usine et une version autonome qui s'ouvre sans logiciel de musique.

Formats, prix et période d'essai
Le LDC 500 V2 est disponible en VST3, en Audio Unit et en application autonome, sur Mac comme sur Windows. Le format AAX de Pro Tools n'est pas annoncé, donc si vous travaillez dans ce logiciel il faudra passer votre chemin pour l'instant. La licence coûte 29 euros pendant la période de lancement puis 49,95 euros, elle couvre deux ordinateurs et il n'y a pas d'abonnement. L'achat passe par la plateforme Ko-fi, un site de paiement plus souvent utilisé par les créateurs indépendants que par les éditeurs de logiciels, et la clé d'activation arrive par email en une minute environ.
La version d'essai dure 7 jours avec toutes les fonctions actives et les jours ne commencent à compter qu'à la première ouverture. Une fois l'essai terminé le plugin laisse passer le son sans le modifier, ce qui évite de casser une session en cours. Seule contrainte à connaître : il faut une connexion internet pour activer la licence, le plugin vérifie ensuite une fois par semaine et il continue de fonctionner hors ligne jusqu'à 45 jours.
Ce que ça change dans votre home studio
Si vous enregistrez avec une petite interface audio USB, vos préamplis sont probablement propres et neutres, ce qui est une excellente chose pour apprendre mais qui peut donner des prises un peu plates. Ce genre de plugin sert justement à rajouter après coup la rondeur et le léger grain qu'une console d'époque aurait apportés sur une voix, une guitare acoustique ou un bus de batterie. Pour débuter je vous conseille de partir des presets, de pousser le Drive jusqu'à entendre quelque chose puis de revenir un peu en arrière, et de vous servir du bouton Mix pour ne garder qu'une partie de l'effet.
Franchement, ce que je trouve le plus formateur dans cet égaliseur, ce sont ses fréquences fixes. Sur un égaliseur moderne on regarde une courbe à l'écran et on finit par mixer avec les yeux. Avec une molette qui ne propose que six positions vous êtes obligé d'écouter et de vous demander si c'est 2,2 ou 3,5 kHz qui rend la voix plus présente, et c'est exactement l'oreille que l'on cherche à développer. Gardez quand même en tête que le suréchantillonnage de 16 fois demande du calcul : sur un vieil ordinateur portable, évitez d'en coller un exemplaire sur chacune de vos trente pistes.
Alors, bonne nouvelle ou pas ?
Le LDC 500 V2 en deux colonnes
- Une console rare reconstruite depuis ses schémas, pas une énième copie de Neve ou de SSL.
- 29 euros au lancement, licence pour deux ordinateurs et aucun abonnement.
- Un essai de 7 jours complet, sans fonction bridée.
- Des fréquences fixes qui apprennent à écouter plutôt qu'à regarder une courbe.
- Pas de version AAX pour Pro Tools.
- Un éditeur composé d'une seule personne : le suivi dans la durée reste une inconnue.
- Le paiement par Ko-fi et la vérification de licence en ligne peuvent dérouter.
- Le suréchantillonnage pèse sur le processeur si vous en abusez.
Pour moi c'est une bonne nouvelle, et même une jolie surprise. J'ai passé une bonne partie de ma vie devant de vraies consoles et je trouve vraiment sympa qu'un développeur aille déterrer un module Philips oublié au lieu de ressortir la centième imitation des trois mêmes marques. À 29 euros avec un vrai essai gratuit, le risque est quasi nul et vous découvrez au passage ce que le mot « couleur » veut dire quand on parle de matériel analogique.
La seule mise en garde que je vous ferais, c'est de ne pas l'acheter en pensant qu'il va sauver une prise mal faite. Apprenez d'abord à placer votre micro et à vous servir de l'égaliseur d'origine de votre logiciel, puis venez goûter à ce plugin pendant ses 7 jours d'essai. Si vous entendez la différence sur votre voix, foncez, sinon gardez vos 29 euros pour un bon câble.
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