Zak Sound vient de mettre en ligne Cumberland Strings, une banque de sons qui réunit un banjo, une mandoline et une guitare acoustique enregistrés par une vraie musicienne de bluegrass. Elle tourne dans le Raizes Player, un lecteur gratuit qui fonctionne sur Mac, Windows, Linux et même iPad. Le tout est proposé à 25,90 € au lieu de 37 € pour le lancement. Je vous explique ce que c'est, comment ça marche et ce que j'en pense, même si vous n'avez jamais ouvert un instrument virtuel de votre vie.

Avant la nouvelle, un peu de contexte : c'est quoi une banque de sons ?
Quand vous débutez en musique assistée par ordinateur, vous installez d'abord un logiciel de musique, ce que l'on appelle un séquenceur ou un DAW (Cubase, Logic, Ableton Live, FL Studio ou GarageBand par exemple). C'est votre table de travail : c'est là que vous enregistrez, que vous assemblez les pistes et que vous mixez. Mais un séquenceur tout seul ne sait pas jouer du banjo. Pour cela il vous faut un instrument virtuel, c'est-à-dire un programme qui contient le son d'un vrai instrument et qui le rejoue quand vous appuyez sur les touches d'un clavier MIDI (ou quand vous dessinez des notes à la souris).
Le bluegrass, pour situer, c'est cette musique acoustique née dans les Appalaches aux États-Unis, avec du banjo qui roule très vite, de la mandoline qui pique et de la guitare qui bat la mesure. Franchement, c'est un son que l'on entend partout, des séries télé aux publicités pour des voitures, et pourtant les banques de sons dédiées restent rares et souvent chères. C'est là que Zak Sound arrive.
Ce que contient Cumberland Strings
L'éditeur indépendant Zak Sound a fait enregistrer les trois instruments par Shannon Guitreau Barton, une musicienne originaire de Louisiane qui a passé douze ans dans l'est du Tennessee à se forger dans le bluegrass. Ce détail compte : une banque de sons n'est jamais meilleure que la personne qui joue devant le micro, et un banjo pincé par quelqu'un qui connaît le style sonne tout de suite plus vrai.

Côté chiffres, les 456 échantillons sont enregistrés en 48 kHz et 24 bits (en gros une qualité supérieure au CD), avec quatre couches de vélocité et trois round robins. Derrière ces deux termes se cache une idée simple : la vélocité, c'est la force avec laquelle vous appuyez sur la touche, et quatre couches signifient que l'instrument a été enregistré à quatre intensités différentes pour que le son change vraiment entre un effleurement et une attaque franche. Les round robins, ce sont plusieurs enregistrements de la même note que le logiciel alterne pour éviter l'effet de mitraillette, celui où une note répétée sonne exactement pareil à chaque fois comme un robot.
Tout cela est organisé en 67 presets, c'est-à-dire des réglages tout prêts que vous chargez d'un clic. Sept familles les regroupent : les sons acoustiques purs (instruments seuls ou superposés), des cordes pincées noyées dans des échos, des nappes rêveuses, des motifs rythmiques qui tournent tout seuls, des presets pensés pour le MPE (j'y reviens plus bas), des textures retournées et transformées, et enfin des presets de jeu avec pitch bend et modulation. Vous trouvez aussi 61 fichiers MIDI de 8 ou 16 mesures, autrement dit des petites partitions numériques que vous glissez sur une piste pour avoir un accompagnement qui joue immédiatement, et que vous pouvez modifier note par note. Le téléchargement ne pèse que 203 Mo, ce qui est très léger pour ce genre de produit.
Le Raizes Player, la pièce indispensable (et gratuite)
Voilà le point à bien comprendre avant d'acheter : Cumberland Strings ne fonctionne pas tout seul. Il se charge dans le Raizes Player, le lecteur maison de Zak Sound. Pas de souci de ce côté-là puisqu'il est gratuit, mais il faut l'installer (version 1.7.5 au minimum) et créer un compte pour télécharger la banque.

Le Raizes Player existe en VST3, AU et AAX, en application autonome qui tourne sans séquenceur, et en application iPad. Il fonctionne aussi sur Linux, ce qui est suffisamment rare pour être souligné. Il se compose de six couches que l'on peut empiler, avec des effets, des arpégiateurs (des outils qui égrènent les notes d'un accord l'une après l'autre) et des modulations. Du coup, les presets de Cumberland Strings ne sont pas figés : vous pouvez ouvrir le capot, baisser une couche, enlever un écho ou changer l'arpégiateur.
Comment on s'en sert, étape par étape
- 1Installer le Raizes PlayerTéléchargez le lecteur gratuit sur le site de Zak Sound et installez-le comme n'importe quel logiciel.
- 2Créer un compte et télécharger la banqueLa connexion internet sert uniquement au téléchargement, ensuite tout fonctionne hors ligne.
- 3Charger un preset dans votre séquenceurOuvrez le Raizes Player sur une piste d'instrument, choisissez un preset de Cumberland Strings et jouez au clavier.
- 4Glisser un fichier MIDISi vous ne jouez pas encore au clavier, déposez l'un des 61 motifs MIDI sur la piste et modifiez-le à votre goût.
La banque s'installe sur trois ordinateurs personnels au maximum avec le même compte.
Et le MPE dans tout ça ?
Si vous n'avez qu'un clavier MIDI ordinaire, et c'est le cas de la très grande majorité d'entre nous, tout le reste de la banque fonctionne normalement. Je précise parce que je ne voudrais pas que le mot MPE vous fasse croire qu'il faut un matériel spécial.
Ce que ça change concrètement dans votre home studio
Jusqu'ici, pour avoir un banjo ou une mandoline crédibles, il fallait soit acheter une banque de sons coûteuse qui tournait dans Kontakt (le lecteur le plus répandu, dont la version complète coûte à elle seule plusieurs centaines d'euros), soit se contenter de sons génériques inclus dans son séquenceur. Ici vous avez les trois instruments pour 25,90 € pendant le lancement, dans un lecteur gratuit, et Zak Sound précise que l'usage commercial est autorisé : vous pouvez utiliser ces sons dans un morceau que vous vendez, une musique de film ou un jeu vidéo sans rien payer de plus. Pour quelqu'un qui compose des ambiances folk, de la musique à l'image ou tout simplement qui veut glisser une touche acoustique dans une production pop, c'est vraiment sympa d'avoir cela pour le prix d'une pizza à deux.
Il faut quand même garder la tête froide sur ce que l'on achète. Avec 456 échantillons pour trois instruments, nous sommes loin des banques de plusieurs gigaoctets qui enregistrent chaque articulation (le tremolo de mandoline, les roulements de banjo à trois doigts, les harmoniques). Cumberland Strings mise plutôt sur la polyvalence : des sons acoustiques propres d'un côté, et de l'autre une bonne moitié de presets qui transforment ces cordes en nappes et en textures ambiantes. C'est un choix, pas un défaut, mais si vous rêvez de reproduire note pour note un morceau d'Earl Scruggs, ce n'est pas l'outil qu'il vous faut.
Alors, bonne nouvelle ou pas ?
Cumberland Strings, le pour et le contre
- Trois instruments bluegrass joués par une vraie spécialiste du style.
- Un lecteur gratuit, disponible sur Mac, Windows, Linux et iPad, sans Kontakt.
- Un prix de lancement très accessible et un usage commercial autorisé.
- 61 fichiers MIDI pour démarrer même sans savoir jouer au clavier.
- 456 échantillons seulement : peu d'articulations, pas de jeu bluegrass très détaillé.
- Un compte et un lecteur maison obligatoires, un écosystème de plus à gérer.
- Les presets ambiants prennent beaucoup de place, les puristes de l'acoustique resteront sur leur faim.
Pour moi c'est une bonne nouvelle, et je pèse mes mots parce que je me méfie des banques de sons « à petit prix » qui finissent oubliées dans un dossier. Ici le positionnement est clair : un éditeur indépendant propose à un débutant d'avoir sous les doigts un banjo, une mandoline et une guitare acoustique qui sonnent juste, dans un lecteur gratuit, pour moins de trente euros, avec le droit de les utiliser dans ses morceaux. Il y a dix ans, cette combinaison n'existait tout simplement pas, et je trouve que c'est exactement le genre d'outil qui permet d'apprendre à composer avec de vrais timbres plutôt qu'avec des sons de synthé passe-partout.
La nuance, c'est que vous achetez une couleur, pas un instrument complet. Si votre projet est un vrai morceau de bluegrass avec un banjo en avant du début à la fin, vous sentirez vite les limites et il faudra soit une banque plus fournie, soit (et c'est toujours ma préférence) un vrai musicien dans la pièce. Pour tout le reste, une intro folk, une nappe de cordes pincées sous une voix ou une musique d'ambiance pour une vidéo, prenez-la pendant le prix de lancement et amusez-vous.
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