Un câble, c'est une antenne. Dix mètres de fil dans une pièce ramassent le ronflement du secteur, le grésillement des néons et le téléphone qui vibre à côté. Le câble symétrique a une ruse géniale : il transporte le signal deux fois, dont une fois à l'envers, et le préampli fait une soustraction à l'arrivée. Le signal ressort doublé et les parasites s'annulent puisqu'ils sont identiques sur les deux fils. Un micro traverse donc une scène avec 50 mètres de câble sans broncher alors qu'une guitare souffre au-delà de 6 mètres. La vidéo ci-dessus résume le principe en 1 min 20 et ici on prend le temps de l'expliquer.
Pourquoi un câble ramasse-t-il des parasites ?
Une pièce est baignée de champs invisibles, du 50 Hz du secteur dans les murs aux alimentations des écrans. Un fil de cuivre plongé là-dedans récupère de minuscules tensions. Le signal d'un micro est minuscule lui aussi : un micro dynamique devant une voix sort quelques millivolts, donc un parasite de 1 millivolt est du même ordre que la voix alors qu'il passerait inaperçu sur un niveau ligne de 1,23 volt.

Le câble asymétrique de votre guitare n'a que deux conducteurs : un fil central pour le signal et un blindage tressé qui sert de masse. Ce blindage arrête une partie des perturbations électriques mais laisse passer les champs magnétiques des transformateurs et des câbles secteur. Le micro passif de la guitare présente en plus une impédance élevée qui transforme la moindre perturbation en une tension plus grande, et son câble mange les aigus à mesure qu'il s'allonge.
Comment une soustraction peut-elle annuler le bruit ?
Le câble symétrique contient trois conducteurs : un blindage et deux fils torsadés ensemble. Le premier (le point chaud) porte le signal tel quel. Le second (le point froid) porte le même signal inversé, la même courbe retournée tête en bas. Vrillés l'un autour de l'autre, les deux fils traversent les mêmes champs et ramassent le même parasite dans le même sens.

À l'arrivée, le préampli ne lit pas chaque fil séparément : il mesure l'écart entre les deux. Imaginez deux personnes dans un ascenseur. La cabine monte et descend, et pourtant la différence de taille entre les passagers ne bouge pas d'un millimètre. Le parasite, c'est l'ascenseur : il soulève les deux fils ensemble et disparaît de la différence. Le signal est positif sur un fil et négatif sur l'autre, donc leur écart vaut deux fois le signal, soit 6 dB de plus comme on l'a vu dans l'épisode sur les décibels.

Les ingénieurs appellent ça la réjection de mode commun : une bonne entrée symétrique atténue le bruit commun de 60 dB, soit mille fois, et les meilleures entrées dépassent 90 dB. À condition que les deux fils se ressemblent comme des jumeaux, avec la même impédance et des soudures propres. Une broche mal soudée casse la symétrie et le bruit revient.
XLR et jack TRS : qui porte quoi ?
Les trois broches du XLR correspondent à ces trois conducteurs et la norme AES14 fixe leur rôle depuis 1992 : broche 1 la masse et le blindage, broche 2 le point chaud, broche 3 le point froid. Le jack 6,35 mm à deux bagues de vos enceintes de studio (le jack TRS) fait pareil en plus petit : la pointe porte le point chaud, l'anneau le point froid et le corps la masse. Le jack de guitare n'a qu'une bague parce qu'il n'a que deux contacts.

Deux repères à retenir :
- Câble asymétrique : 3 mètres dans l'idéal, 6 mètres grand maximum pour une guitare. Câble symétrique : 50 à 100 mètres sans broncher.
- L'alimentation fantôme 48 volts des micros statiques voyage sur les broches 2 et 3 : sans liaison symétrique, elle ne passe pas.
Au studio, concrètement
Une chanteuse avec un micro dynamique au bout de 10 mètres de XLR : c'est exactement le travail de ce câble. Pour la guitare électrique, deux solutions : un jack court de 3 mètres jusqu'à l'entrée instrument de votre interface (celle marquée Hi-Z ou Inst), ou une boîte de direct (la DI) qui transforme son signal asymétrique à haute impédance en un signal symétrique de niveau micro.
Entre l'interface et vos enceintes, prenez des câbles TRS vers TRS ou TRS vers XLR et vérifiez dans le manuel que les sorties sont notées « balanced ». Très important : la ruse ne fonctionne que si les deux appareils jouent le jeu. Faites ensuite le test à l'oreille sans aucune source qui joue : montez les enceintes et écoutez. Un ronflement grave et régulier, c'est le 50 Hz du secteur qui entre, souvent par une boucle de masse. Débranchez les câbles un par un pour trouver le coupable. Sur une DI, le bouton « ground lift » coupe la boucle de masse. Ne retirez JAMAIS la terre d'une prise pour y arriver : votre sécurité part avec.

Les idées reçues qui coûtent du bruit
Le jack TRS est aussi le connecteur de votre casque, où il transporte deux signaux asymétriques (gauche et droite). Symétrique ne veut donc pas dire stéréo : seul l'appareil décide de ce que le câble porte. Autre idée reçue : un câble symétrique ne sonne pas mieux, son avantage est l'immunité et non la couleur. Franchement, un câble XLR correct de grande série fait le travail aussi bien qu'un câble de luxe.
Pour choisir vos câbles et lire les niveaux de vos appareils, l'article de fond câble symétrique ou asymétrique prend le relais. Et si le ronflement est déjà sur une prise impossible à refaire, le tutoriel supprimer le bruit de fond dans Cubase montre comment le nettoyer.
Un câble XLR est-il toujours symétrique ?
Presque toujours, mais le connecteur ne garantit rien : c'est l'appareil qui décide. Certains appareils relient la broche 3 à la masse et la liaison est alors asymétrique malgré le XLR.
Peut-on brancher une guitare directement en XLR ?
Seulement à travers une boîte de direct : un micro de guitare passif reste asymétrique et à haute impédance, et un adaptateur ne change rien à cela. Préférez une DI active pour un micro passif ou un piézo.

