Collez-vous au micro et votre voix prend des graves qu'elle n'a pas : jusqu'à 10 ou 15 dB de plus dans le bas du spectre. Ce n'est ni une impression ni un réglage caché, c'est l'effet de proximité, et il vient de la façon dont un micro cardioïde fabrique sa directivité. La vidéo ci-dessus pose l'idée, cet article explique le mécanisme en détail et vous dit comment en faire un outil.
Pourquoi un micro cardioïde gonfle-t-il les graves de près ?
Un micro cardioïde ne mesure pas la pression de l'air mais une différence de pression : sa membrane est exposée devant à l'air libre et derrière par de petites fentes percées dans la capsule. Elle ne bouge que si la poussée n'est pas la même sur ses deux faces. Un son qui arrive par-derrière pousse autant des deux côtés : les poussées s'annulent et le micro l'ignore. En gros, le micro fait une soustraction et c'est elle qui lui donne sa directivité.

Loin du micro, la pression est quasiment la même devant et derrière. Seul le petit retard que met le son à contourner la capsule distingue les deux faces : un centimètre de détour vaut 30 millionièmes de seconde. Ce retard suffit pour un aigu aux ondulations courtes, mais à 100 Hz une ondulation dure 10 millisecondes et l'écart tombe à quelques pour cent. Livré brut, ce signal sonnerait maigre comme un téléphone. Le constructeur remonte donc les graves à l'intérieur du micro d'environ 6 dB par octave, jusqu'à sonner équilibré à distance normale.
De près, un deuxième écart apparaît et il n'a rien à voir avec le retard : la pression chute vite quand on s'éloigne d'une bouche. C'est comme la chaleur d'une bougie : placez une main juste devant l'autre tout près de la flamme et elles ne sentent pas la même chose, alors qu'à un mètre elles sentent pareil. À 5 cm du micro, les fentes arrière sont à 6 cm et reçoivent 17 % de pression en moins à toutes les fréquences. À 50 cm l'écart tombe à 2 %, presque rien. Dans les graves, cet écart écrase celui du retard et le micro, qui continue de remonter les graves comme si vous étiez loin, les gonfle.

Combien de décibels, et à partir de quelle fréquence ?
Le gonflement dépend d'une seule chose : le rapport entre la distance et la longueur de l'onde. Pour un cardioïde idéal, distance mesurée depuis la membrane, les ordres de grandeur sont les suivants.
| Distance | Graves en plus à 100 Hz | À 200 Hz | L'effet commence sous |
|---|---|---|---|
| 5 cm | +15 dB | +9 dB | 550 Hz |
| 10 cm | +9 dB | +5 dB | 270 Hz |
| 20 cm | +5 dB | +2 dB | 140 Hz |
| 50 cm | +1 dB | +0,3 dB | 55 Hz |
Chaque fois que la distance double, tout l'effet glisse d'une octave vers le grave. Autour de 100 Hz, là où vivent les fondamentales d'une voix d'homme, ça fait déjà 15 dB à 5 cm. Plus bas l'effet grimpe encore, mais une voix n'a presque rien sous 80 Hz. Collé à la grille d'un vrai micro de chant, comptez 10 à 15 dB de plus selon le modèle, nettement plus sur un ruban bidirectionnel et rien du tout sur un omni.

Au studio : comment s'en servir dès votre prochaine prise ?
Pour une voix, partez de 10 à 15 cm avec le filtre anti-pop entre les deux. Si elle sonne maigre, avancez à 5 cm et écoutez les graves revenir. Si elle est boueuse ou si les « p » cognent, reculez de 5 cm ou enclenchez le coupe-bas : celui du micro (souvent calé vers 80 Hz) ou celui de la section Pre de chaque voie dans Cubase.
Une guitare acoustique raconte la même histoire : avec un micro à 10 cm de la rosace, elle sonne comme un tonneau parce que la caisse résonne déjà vers 100 Hz et que l'effet de proximité en rajoute. Visez plutôt la jonction du manche et de la caisse à 20 ou 30 cm. Attention aussi au niveau : en passant de 10 à 5 cm le signal double (6 dB de plus) et un gain réglé de loin peut saturer de près, comme expliqué dans l'épisode sur le bouton gain.
Et surtout, gardez la MÊME distance du début à la fin de la prise. Un chanteur qui avance sur les passages doux et recule sur les refrains change de timbre à chaque phrase et aucun égaliseur ne rattrape ça après coup. Le filtre anti-pop est votre meilleur allié : placé à distance fixe du micro, il sert de butée et la consigne devient « restez à un doigt du filtre ». Pour entendre ce que fait un centimètre, enregistrez la même phrase à 5, 10 et 20 cm et écoutez les trois à la suite au casque.

Les idées reçues qui font rater des prises
« Un micro dynamique n'a pas cet effet. » L'effet de proximité dépend de la directivité et non de la technologie : un dynamique cardioïde l'a et un statique réglé en omni ne l'a pas.
« L'omni est meilleur de près puisqu'il ne gonfle pas. » Il ne gonfle pas, et c'est pour ça que la plupart des micros-cravates et serre-tête sont des omnis : la voix reste stable quand la tête bouge. En échange il capte toute la pièce, et en home studio la pièce est rarement votre amie.

Pour choisir le micro, l'article le microphone, statique ou dynamique ? pose les bases et les 9 erreurs avant d'appuyer sur REC couvrent le placement et la pièce. Le calculateur des fréquences des notes vous dira où tombe la note la plus grave de votre chanteur pour caler le coupe-bas juste dessous. Et pour voir une voix enregistrée et mixée de bout en bout dans Cubase, il y a le tutoriel Voix Pop et Variété.
À quelle distance du micro faut-il chanter ?
Entre 10 et 15 cm pour commencer, le filtre anti-pop entre les deux, puis plus près pour une voix maigre et plus loin pour une voix puissante ou boueuse.
Peut-on corriger l'effet de proximité après l'enregistrement ?
En partie seulement : un coupe-bas ou un égaliseur en plateau sous 200 Hz rattrape une prise un peu trop grasse. Si la distance a bougé pendant la prise, le gonflement change d'une phrase à l'autre et aucun réglage fixe ne peut suivre.

