La fréquence d'échantillonnage est le nombre de mesures que votre interface audio prend chaque seconde : 44,1 kHz veut dire 44 100 mesures par seconde. Pour enregistrer de la musique, 48 kHz couvre tout ce que l'oreille entend et c'est le réglage que je vous conseille par défaut. Le 44,1 kHz suffit si votre morceau ne doit finir que sur CD ou en streaming, alors que le 96 kHz double la charge de l'ordinateur pour des ultrasons que personne n'entend, comme le résume la vidéo ci-dessus en 1 min 26.
Pourquoi mesurer plus de deux fois par vibration ?
Un son à 20 000 Hz fait vibrer l'air 20 000 fois par seconde : pour le décrire, le convertisseur doit saisir au moins une bosse et un creux de chaque vibration, donc mesurer plus de 40 000 fois par seconde. En dessous de cette cadence les mesures mentent, comme la caméra des westerns qui fait tourner les roues des diligences à l'envers parce qu'elle ne prend que 24 images par seconde. Un son trop aigu pour la cadence ne disparaît pas : il se déguise en un son plus grave qui n'existait pas.

Un filtre placé avant la mesure retire donc tout ce qui dépasse la moitié de la cadence. À 44,1 kHz il n'a que 2,05 kHz pour passer de « tout laisser passer » à « tout couper » entre les 20 kHz de l'oreille et la limite de 22,05 kHz, contre 4 kHz à 48 kHz.
D'où vient ce chiffre bizarre de 44 100 ?
Il vient des magnétoscopes : à la fin des années 1970, seule une cassette vidéo pouvait contenir à prix abordable une heure de son numérique. Un adaptateur changeait les chiffres en points noirs et blancs dans l'image, avec trois mesures par canal sur chaque ligne. En Europe 294 lignes utiles par demi-image défilent 50 fois par seconde et aux États-Unis 245 lignes défilent 60 fois, ce qui donne 44 100 mesures par seconde dans les deux cas. Sony et Philips ont gardé ce chiffre pour le CD lancé en 1982 puisque les bandes mères arrivaient à l'usine de pressage sur ces cassettes.

Pourquoi la vidéo travaille-t-elle en 48 kHz ?
Le 48 kHz tombe juste avec les images : au cinéma chacune des 24 images d'une seconde dure exactement 2 000 mesures. À 44,1 kHz l'image de cinéma dure 1 837,5 mesures et une coupe d'image sur deux tombe entre deux mesures du son. YouTube recommande d'ailleurs le 48 kHz pour les fichiers qu'on lui envoie. Si votre chanson peut finir sous des images, prenez 48 kHz dès la première prise et vous éviterez une conversion.

Que vous apporte le 96 kHz ?
Deux fois plus de mesures, c'est deux fois plus de place sur le disque et deux fois plus de calcul pour chaque plugin : vous aurez à peu près deux fois moins de pistes avant que l'ordinateur décroche. Tout ça pour capter la zone de 24 à 48 kHz, alors que l'oreille d'un jeune adulte s'arrête vers 20 kHz et que la plupart des micros de studio sont donnés pour la même limite.
| Fréquence | Aigus enregistrés jusqu'à | Une minute de piste mono en 24 bits |
|---|---|---|
| 44,1 kHz | 22,05 kHz | 7,9 Mo |
| 48 kHz | 24 kHz | 8,6 Mo |
| 96 kHz | 48 kHz | 17,3 Mo |
| 192 kHz | 96 kHz | 34,6 Mo |

Le seul vrai intérêt du 96 : les saturations
Une saturation ajoute des harmoniques (des fréquences multiples de la note) : un son à 5 kHz en reçoit par exemple à 15, 25, 35 et 45 kHz. Un projet à 48 kHz ne peut rien contenir au-dessus de 24 kHz : les harmoniques qui dépassent reviennent dans l'audible comme dans un miroir, celle de 35 kHz à 13 kHz et celle de 45 kHz à 3 kHz. Ces reflets ne sont plus des multiples de la note, d'où ce son dur et légèrement faux.

Le 96 kHz leur laisse de la place, mais les bons plugins savent la créer tout seuls : ils suréchantillonnent, c'est-à-dire qu'ils calculent en interne à deux ou quatre fois la fréquence du projet puis filtrent avant de redescendre à 48 kHz. Cherchez l'option Oversampling ou HQ dans vos saturations : elle coûte du processeur, alors gardez-la pour le mixage si l'ordinateur peine pendant les prises.
Au studio : le bon réglage en quatre gestes
- Pour un duo guitare et voix dont deux titres finiront en vidéo, réglez 48 kHz et 24 bits dès la création du projet (menu Projet puis Configuration du projet dans Cubase) : le logiciel passe alors l'interface à la même fréquence.
- N'en changez plus et acceptez la conversion que Cubase propose pour tout fichier importé à une autre fréquence, sinon il jouera trop vite ou trop lentement (voir les fichiers qui se décalent dans Cubase).
- Activez le suréchantillonnage sur les saturations de la guitare et de la voix. Pour entendre ce qu'il corrige, faites glisser lentement vers l'aigu un son de synthé sinusoïdal à travers une saturation poussée : sans l'option, des sifflements parasites partent dans tous les sens.
- Exportez à la fréquence de la destination, 48 kHz pour la vidéo et 44,1 kHz pour le CD.
Les idées reçues qui coûtent de la place
- « Plus de kilohertz, c'est un son plus précis. » La fréquence ne fixe que la limite des aigus : en dessous, la courbe est déjà décrite sans perte. La finesse du volume dépend des bits, d'où les 24 bits à l'enregistrement et un gain bien réglé.
- « Pour finir en 44,1 kHz, mieux vaut enregistrer en 88,2. » C'était vrai avec les premiers convertisseurs de fréquence, mais les logiciels actuels passent de 48 à 44,1 kHz sans perte audible.
Franchement, ce qui change vraiment votre son se joue avant le convertisseur : le micro, la pièce et l'interprète, bien plus que le chiffre dans les préférences. Pour votre prochaine séance, commencez par choisir le bon type de micro puis passez votre pièce au calculateur acoustique gratuit pour repérer ses résonances.

