Entre un micro à 100 euros et un micro à 1 000 euros, on n'entend pas dix fois la différence. On l'entend un peu et elle est réelle, mais elle ne se trouve pas là où la plupart des gens la cherchent. Dans un home studio, la pièce où vous enregistrez et le placement du micro pèsent bien plus lourd que l'étiquette du prix.
L'industrie a fait d'énormes progrès et un micro statique d'entrée de gamme actuel aurait fait rêver un studio des années 80. Dans les comparatifs à l'aveugle, des oreilles expérimentées confondent régulièrement un bon micro abordable avec un micro de légende parce que l'écart est devenu très fin.

Où passe la différence entre un micro cher et un micro abordable ?
Le micro cher apporte souvent un supplément de douceur dans les aigus et un peu plus de matière, avec une réserve de détails sur les attaques. Sa capsule sort d'usine avec des tolérances plus serrées et son bruit propre, le souffle qu'il produit tout seul, est souvent plus bas. Tout cela existe bel et bien. Regardez pourtant l'échelle : sur une voix enregistrée à 15 cm, le bruit propre d'un micro à 100 euros reste noyé loin sous le signal utile. Quant à la douceur des aigus, elle se joue sur quelques décibels que vous retoucherez de toute façon à l'égalisation. Ce sont des différences de finition, la cerise sur le gâteau. Et beaucoup de gens achètent la cerise avant d'avoir le gâteau.
Pourquoi la pièce compte plus que le micro
Le gâteau, c'est l'interprète, la pièce et le placement. Un micro n'enregistre pas une voix : il enregistre tout ce qui arrive à sa capsule. Dans une pièce non traitée, une bonne partie de ce qui arrive est la voix renvoyée par les murs et le plafond quelques millièmes de seconde plus tard. Imaginez une photo prise à travers une vitre sale : changer d'appareil ne nettoie pas la vitre. Un micro à 1 000 euros dans une chambre nue fait un enregistrement de chambre nue, simplement en très haute définition.

À quelle distance la pièce prend-elle le dessus ?
Il existe une distance à partir de laquelle le micro reçoit autant de son renvoyé par la pièce que de son direct : les acousticiens l'appellent la distance critique. Elle dépend du volume de la pièce et de son temps de réverbération, le temps que met un son pour perdre 60 dB après son arrêt (noté T60 ou RT60). Pour une chambre de 4 × 3 × 2,5 m où le son met 0,8 s à s'éteindre, cette distance tombe à 60 cm environ avec un micro cardioïde. Dans la même pièce traitée pour descendre à 0,3 s, elle recule vers 1 m.

La voix directe perd 6 dB chaque fois que la distance au micro double, alors que le son renvoyé par la pièce garde à peu près le même niveau partout. À 15 ou 20 cm, la voix est très loin devant la pièce et c'est pour ça qu'on l'enregistre de près. Ces chiffres dépendent de VOTRE pièce : le calculateur acoustique du site en donne les résonances et la fréquence de Schroeder à partir de ses dimensions.
Au studio : que faire dès la prochaine prise de voix ?
Commencez par écouter la pièce : claquez des mains au milieu, et la traîne métallique qui vibre entre deux murs parallèles vous dit tout de suite ce que le micro va capter. Placez le chanteur loin des angles, la bouche à 15 ou 20 cm de la capsule derrière un filtre anti-pop. Puis faites le test de la couette : enregistrez dix secondes de voix, suspendez une couette épaisse derrière le chanteur et réenregistrez la même phrase. Au casque, la seconde prise sonne plus proche et plus nette sans que vous ayez touché un seul réglage.

Un micro cardioïde est sourd vers l'arrière, donc la réflexion la plus gênante vient du mur qu'il regarde, celui derrière le chanteur. Le filtre anti-réflexion fixé derrière le micro protège surtout un côté déjà protégé. Pour une guitare acoustique, même logique avec le micro à 20 ou 30 cm vers la douzième case et une couette derrière le guitariste.
Les idées reçues qui coûtent cher
« Il me faut un micro à lampe ou à large membrane pour une belle voix. » Dans une pièce qui sonne mal, un micro dynamique de scène chanté à 5 cm capte moins de pièce qu'un statique à 20 cm parce qu'on chante tout contre. Pour choisir entre les deux familles, lisez l'article sur les micros statiques et dynamiques.
« Je rattraperai la pièce au mixage. » Non : la réverbération est mélangée à la voix sur toute sa durée et les outils de nettoyage laissent des traces audibles. C'est franchement la phrase qui coûte le plus cher en heures perdues. « Des mousses à pyramides suffisent. » Les mousses fines n'absorbent vraiment que les aigus alors que le corps de la voix est dans les médiums : préférez des panneaux épais de laine minérale ou une couette lourde. Les graves d'une petite pièce sont un problème à part : voyez l'article sur la fréquence de Schroeder.

Et avec 1 000 euros, on fait quoi ?
Gardez 100 à 200 euros pour un micro statique cardioïde sérieux et mettez le reste dans la pièce : couette épaisse ou panneaux de laine minérale derrière le chanteur, tapis au sol et des bass traps dans les coins quand le budget suit. Le bond que fera votre son, aucun micro seul ne vous le fera. Et si vous voulez voir une prise de voix menée de bout en bout, le tutoriel Voix Pop et Variété la suit sur un vrai morceau, de l'enregistrement au mixage.
Un micro à 100 euros suffit-il pour une voix de qualité professionnelle ?
Oui pour la très grande majorité des productions, à condition de traiter la pièce et de soigner le placement comme le réglage du gain.
Comment savoir si ma pièce résonne trop pour enregistrer ?
Enregistrez dix secondes de voix à 20 cm du micro et réécoutez au casque fermé : si la voix paraît lointaine ou résonnante comme dans une salle de bain, c'est la pièce qu'il faut traiter en premier.

