La sommation est l'addition de vos pistes et rien de plus. À chaque instant le logiciel prend la valeur de chaque piste et additionne le tout avant d'envoyer le total vers la sortie. Dans un projet à 48 kHz cette addition se refait 48 000 fois par seconde. En numérique elle est exacte : elle n'ajoute rien et elle n'enlève rien. Si votre mix sonne dur, le coupable est ce que vous additionnez et jamais l'addition elle-même.
La vidéo ci-dessus le dit en une minute vingt. Ici je prends le temps d'expliquer pourquoi.
Que fait le logiciel quand il additionne vos pistes ?
Une piste audio numérique est une longue suite de nombres. Votre carte son mesure le signal 48 000 fois par seconde (44 100 fois en qualité CD) et note chaque mesure sous la forme d'un nombre compris entre -1 et +1. Imaginez un relevé de température pris toutes les heures : il dessine une courbe. Ici le relevé tombe 48 000 fois par seconde et la courbe est votre forme d'onde.
Mixer revient à superposer ces courbes. À un instant donné, trois pistes valent par exemple -0,23, +0,24 et +0,07 : le logiciel calcule -0,23 + 0,24 + 0,07 = +0,08 et ce nombre part vers la sortie. Avant d'arriver là chaque piste a déjà traversé ses plugins, son fader (une simple multiplication) et son panoramique. Tout ce qui fait le son de votre mix se joue en amont de la somme.

Pourquoi l'addition numérique est-elle exacte ?
Parce que vos pistes sont des nombres et qu'additionner des nombres est ce qu'un ordinateur fait de mieux. Les logiciels de MAO calculent en virgule flottante 32 bits (certains proposent même le 64 bits). Chaque nombre garde 24 bits de précision, soit environ 144 dB entre le signal et son erreur d'arrondi, et un exposant déplace la virgule selon que le signal est fort ou faible, ce qui donne plus de 1 500 dB de plage de calcul. Votre oreille couvre environ 120 dB et les meilleurs convertisseurs du marché plafonnent entre 120 et 128 dB. L'erreur de calcul passe donc très loin sous ce qu'une carte son peut restituer.

Conséquence très pratique : à l'intérieur du logiciel une piste qui passe dans le rouge ne sature pas vraiment puisque le nombre dépasse simplement 1 et que l'information reste intacte. Le rouge devient réel aux deux frontières de ce monde de nombres : à l'entrée, au moment de l'enregistrement (voir l'épisode sur le bouton gain), et à la sortie vers la carte son ou dans un fichier exporté en 24 bits. Une exception à connaître : les émulations de matériel analogique sont calibrées pour un niveau précis (souvent -18 dBFS pour 0 VU) et saturent d'elles-mêmes quand on les attaque trop fort.
D'où vient le mythe de la sommation qui colore ?
Il vient tout droit des consoles analogiques. Additionner quarante signaux dans des transistors et des transformateurs produit un peu de distorsion, un peu de bruit et un peu de diaphonie (du signal d'une voie qui fuit dans la voisine). Chaque console avait sa signature, et beaucoup la regrettent depuis le numérique. Les sommateurs analogiques sont nés de cette nostalgie : un boîtier de 1 000 à 3 000 euros environ qui additionne vos groupes de pistes à l'ancienne. Vous achetez une distorsion douce et un soupçon de bruit, et non une meilleure addition.
Le test d'annulation tranche en deux minutes. On additionne les mêmes pistes dans deux logiciels différents, on retourne l'un des deux exports avec le bouton d'inversion de polarité (la forme d'onde passe tête en bas) et on lit les deux ensemble : il ne reste rien du tout. Quand il reste quelque chose, on trouve toujours un réglage qui diffère, le plus souvent la loi de panoramique (la baisse appliquée au centre, -3 dB par défaut dans Cubase), et jamais l'addition elle-même.

Alors pourquoi mon mix sonne-t-il dur ?
Justement parce que la somme est fidèle : elle additionne aussi vos problèmes. Prenez douze pistes qui ont toutes de l'énergie entre 2 et 5 kHz, la zone où l'oreille est la plus sensible : une voix, une guitare acoustique, un piano, des cymbales et des chœurs. Chacune sonne bien en solo. Additionnées, elles forment dans l'exemple du schéma une bosse de près de 9 dB au même endroit (presque deux fois plus fort, voir l'épisode sur les décibels) et c'est cette bosse que vous entendez comme de la dureté : le logiciel a juste fait la somme, fidèlement. Quand chaque piste garde sa zone et laisse la place aux autres, la même énergie se répartit et la somme reste presque plate.

Concrètement, à votre prochaine séance
Oubliez le sommateur et gardez l'argent pour votre écoute ou l'acoustique de la pièce. Travaillez plutôt ce que vous additionnez : écoutez chaque piste par rapport aux autres et non en solo, et baissez ce qui gêne au lieu de monter ce qui manque. Donnez ensuite à chaque instrument sa zone. Un filtre coupe-bas, celui qui retire le grave, sur les pistes qui n'en ont pas besoin nettoie déjà la moitié du problème. Sur le master, gardez quelques décibels de marge sous 0 dBFS, le maximum numérique.
Si vous voulez vraiment la couleur d'une console, un plugin de saturation ou d'émulation de bande sur le master fait le travail pour dix fois moins cher qu'un sommateur, et vous pouvez le doser. Réglez-le léger, comparez en le coupant à volume égal et gardez-le seulement si vous entendez la différence sans regarder l'écran. La couleur se décide piste par piste ou sur le master et ne passe jamais par l'addition.

Une dernière idée reçue : « un sommateur donne le son des grands studios ». Il donne une légère distorsion que n'importe quel plugin reproduit, et le reste vient des prises, de l'acoustique et des décisions de mixage.
Pour la suite, les règles et étapes du mixage donnent l'ordre des opérations, et le tableau des fréquences des notes vous aide à situer chaque instrument avant d'égaliser. Et pour voir tout ça sur un vrai morceau, la formation sur les bases du mixage dans Cubase part exactement de là.

