GForce Software vient de publier le 5 novembre la seule reproduction officielle de l'Oberheim Matrix-12, un synthétiseur de 1985 que très peu de musiciens ont pu s'offrir à l'époque. Le projet a été mené avec Oberheim et avec Marcus Ryle, l'ingénieur qui avait conçu la machine d'origine. Pour une fois, ce monstre de modulation devient accessible sur un simple ordinateur, à un prix de lancement d'environ 80 €. Je vous explique ce que c'est, pourquoi ça compte et si cela vaut vraiment votre argent quand on débute.

Un synthétiseur de 1985 que presque personne n'a eu entre les mains
Avant de parler du logiciel, il faut remettre un peu de contexte, parce que le nom Oberheim ne dit sans doute rien à quelqu'un qui vient d'installer son premier séquenceur. Tom Oberheim est l'un des pionniers américains du synthétiseur. Dans les années 70 et 80, sa société fabriquait des claviers électroniques réputés pour un son très épais et chaleureux, celui que vous entendez dans beaucoup de bandes originales de films et de tubes de cette époque. Un synthétiseur, pour poser la définition, est un instrument qui fabrique le son de toutes pièces avec des circuits électroniques, au lieu de l'enregistrer comme on le ferait avec une guitare ou une voix.
En 1985, Oberheim sort le Matrix-12. Imaginez un grand clavier avec douze voix, c'est-à-dire la possibilité de jouer douze notes en même temps, chacune disposant de sa propre chaîne complète de production sonore. À l'époque, c'était énorme. Le concepteur principal s'appelait Marcus Ryle, un jeune ingénieur qui a travaillé chez Oberheim entre 1980 et 1985 et qui a imaginé un système de réglages tellement poussé qu'il a fallu attendre des décennies pour que les logiciels rattrapent l'idée. Le Matrix-12 coûtait plusieurs milliers de dollars et pesait un âne mort. Du coup, seuls des artistes très installés en ont possédé, comme Vangelis, Depeche Mode ou The Orb, et la machine est restée pour la plupart d'entre nous un objet de légende qu'on voyait en photo dans les magazines.
Quarante ans entre la machine et le logiciel
- 1984Oberheim sort le Xpander, une version sans clavier à six voix qui inaugure la fameuse matrice de modulation.
- 1985Le Matrix-12 arrive, douze voix, un clavier et un prix réservé aux grands studios.
- Années 2020La marque Oberheim renaît et s'associe à GForce Software pour des versions logicielles officielles de ses instruments.
- 5 novembre 2026GForce publie la seule reproduction officielle du Matrix-12 et du Xpander, validée par Marcus Ryle en personne.
Ce que GForce met dans la boîte
GForce Software est un éditeur anglais spécialisé dans les reproductions logicielles de vieux synthés, et il avait déjà sorti plusieurs instruments Oberheim officiels. Avec le Matrix-12, il s'attaque au plus complexe de la famille. Le produit est un plugin, c'est-à-dire un petit programme qui ne tourne pas tout seul mais qui vient se brancher à l'intérieur de votre logiciel de musique, exactement comme une application que vous ajoutez à votre téléphone. Il existe aussi en version autonome si vous voulez juste le lancer et jouer dessus sans ouvrir de projet.
Sur le papier, les chiffres donnent le vertige. Chaque voix dispose de deux oscillateurs (les circuits qui produisent la vibration de base du son, un peu comme les cordes d'une guitare) et d'un filtre à quinze modes. Le filtre est le composant qui enlève ou garde certaines fréquences, en gros c'est lui qui rend un son plus sourd ou plus brillant, comme quand vous mettez la main devant votre bouche en parlant. Quinze façons différentes de filtrer, c'est bien plus que la plupart des synthés, qui se contentent d'une ou deux. Chaque voix embarque aussi cinq enveloppes, cinq LFO, quatre rampes et trois suiveurs. Une enveloppe décrit comment le son évolue dans le temps (attaque douce ou brutale, extinction lente ou nette) et un LFO, pour Low Frequency Oscillator, est une oscillation lente qui fait bouger un réglage tout seul, comme une main invisible qui tournerait un bouton en rythme.

Le cœur du Matrix-12, celui qui lui donne son nom, c'est justement sa matrice de modulation. Sur la machine de 1985, elle se programmait à l'aveugle dans un petit écran, ce qui a découragé des générations de musiciens. GForce a eu la bonne idée de la rendre visible : vous attrapez une source avec la souris, vous la déposez sur le bouton que vous voulez animer, et c'est fait. Chaque réglage peut recevoir jusqu'à six sources différentes, dans un sens ou dans l'autre. Trois vues sont proposées pour comprendre ce qui se passe : un schéma du trajet du son, le tableau de la matrice et un visualiseur qui montre les courbes en mouvement.

Autre héritage de la machine d'origine, le mode Multi. Les douze voix peuvent se répartir en six zones du clavier, chacune avec son propre son, son propre réglage de volume et son propre petit arpégiateur (une fonction qui joue automatiquement les notes d'un accord l'une après l'autre). Vous pouvez ainsi poser une basse à gauche, une nappe au milieu et une mélodie à droite dans le même instrument, ou empiler plusieurs sons sur les mêmes touches pour obtenir ces textures épaisses qui ont fait la réputation d'Oberheim. Le plugin répond au MPE, une norme récente qui permet aux claviers expressifs de faire varier chaque note indépendamment, et il intègre un délai stéréo et une réverbération. Plus de 570 sons prêts à l'emploi sont fournis, dont environ 190 recréés à partir des sons d'usine de la machine de 1985.
Ce que ça change concrètement dans votre home studio
Franchement, la première chose qui change, c'est le prix. Un Matrix-12 d'occasion en bon état se négocie aujourd'hui autour du prix d'une petite voiture, sans compter l'entretien de composants vieux de quarante ans. Le logiciel est proposé en lancement à environ 80 € au lieu de 120 €, sans abonnement, avec une licence définitive. Une licence, c'est simplement le droit d'utiliser le logiciel : ici vous payez une fois et il reste à vous, contrairement aux formules où l'on paie chaque mois. GForce offre en plus un essai gratuit de quatorze jours, ce qui vous laisse largement le temps de voir si ce son vous parle.
Côté machine, il faut un Mac sous macOS 10.15 au minimum (processeurs Intel ou Apple Silicon) ou un PC sous Windows 8 ou plus récent avec un processeur de la classe Intel i5 ou Ryzen 5, et 8 Go de mémoire vive dans les deux cas. Gardez quand même à l'esprit qu'un instrument qui calcule douze voix complètes avec autant de modulations demande du travail à votre processeur. Si votre ordinateur est modeste, il vaudra mieux figer la piste en audio une fois le son trouvé, c'est-à-dire l'enregistrer en fichier son pour libérer la puissance de calcul.
Comment l'essayer sans risque
- 1Créez un compte GForceSur le site de l'éditeur, le compte sert à gérer vos essais et vos achats.
- 2Téléchargez l'installateurUn seul programme GForce installe tous les formats de plugin d'un coup, Mac ou PC.
- 3Lancez l'essai de 14 joursParcourez les sons d'usine d'abord, puis ouvrez la vue schéma pour comprendre un son que vous aimez.
- 4Décidez avant la finSi le son vous accompagne dans vos morceaux pendant deux semaines, le prix de lancement se justifie.
Testez le plugin dans un vrai projet, pas seulement en jouant trois notes dans le vide.
Alors, bonne nouvelle ou pas ?
Le Matrix-12 logiciel, pour et contre
- La seule version officielle, validée par le concepteur de la machine d'origine.
- Une matrice de modulation enfin lisible, avec le glisser-déposer et trois vues pédagogiques.
- Un prix de lancement raisonnable, une licence définitive et quatorze jours d'essai.
- Plus de 570 sons fournis, dont les sons d'usine de 1985.
- Un instrument très profond qui peut noyer un débutant s'il veut tout comprendre d'un coup.
- Une consommation processeur sensible sur les vieux ordinateurs en mode Multi.
- Un son typé années 80 qui ne conviendra pas à tous les styles.
- Une interface en anglais, comme la plupart des plugins.
Pour moi c'est une vraie bonne nouvelle, et pas seulement pour les collectionneurs de vieux synthés. Le Matrix-12 est l'un des instruments qui m'ont donné envie de comprendre la synthèse, et il était jusqu'ici réservé à des gens qui avaient le budget d'un grand studio. Que GForce le rende accessible pour le prix d'une soirée au restaurant à deux, avec la bénédiction de Marcus Ryle et une interface qui vous montre enfin ce qui se passe à l'intérieur, c'est vraiment sympa. Les nappes et les basses qui sortent de cette architecture ont une épaisseur qu'on retrouve rarement ailleurs.
Ma mise en garde, c'est de ne pas en faire votre premier synthé. Si vous débutez, apprenez d'abord les bases sur un instrument simple avec un oscillateur, un filtre et une enveloppe, puis venez au Matrix-12 quand ces mots ne vous font plus peur. Vous profiterez alors de la vue schéma comme d'un vrai cours de synthèse, et vous comprendrez pourquoi cette machine a fait rêver tant de monde. Pour les autres, l'essai gratuit tranchera mieux que moi.
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